Travail et handicap : comment se passe le retour à l’emploi ?

Travail et handicap : comment se passe le retour à l’emploi ?
by iddhea

Comment se passe le retour à l’emploi pour les personnes en situation de handicap ?Pour évaluer les effets du déconfinement et l’impact de la crise sanitaire au quotidien, l’Agefiph (Fonds dédié à l’emploi des personnes en situation de handicap dans le privé) en partenariat avec l’IFOP a réalisé une étude auprès de 3879 personnes en situation de handicap entre le 18 et le 26 juin 2020.

Si 33 % des personnes en situation de handicap se sont déclarées motivées d’avoir retrouvé leur poste ainsi que leurs collègues à l’issue du confinement, la reprise semble plutôt difficile pour ces dernières qui se montrent particulièrement touchées par l’inquiétude et la fatigue. Sur l’ensemble des sondés, ils sont seulement 14 % à se déclarer en forme soit deux fois moins que la population générale.

Dégradation de l’état de santé

Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, un tiers des personnes en situation de handicap déclarent avoir subi une dégradation de leur santé physique et mentale. Parmi elles, 53 % ont également déclaré avoir traversé davantage d’épisodes dépressifs qu’auparavant. Des effets négatifs ayant particulièrement touché les personnes souffrant de handicap mental ou cognitif, de troubles du spectre de l’autisme et de polyhandicap.

Cette dégradation de l’état de santé générale a bien évidemment eu un impact sur la situation professionnelle de ces personnes, notamment pour celles qui étaient en recherche d’emploi. Ainsi, 62 % d’entre elles se sont adressées à leur médecin traitant afin d’évoquer leur situation difficile (ce qui confirme le rôle important des services de proximité) et 44% se sont tournés vers un conseiller CAP Emploi. On note par ailleurs le manque de confiance accordé aux médecins du travail qui n’ont été sollicités que par 11 % de ces sondés.

Difficultés financières

Malheureusement, les difficultés sur le plan professionnel peuvent également induire des difficultés financières, tout particulièrement chez les demandeurs d’emploi qui se retrouvent alors frappés de plein fouet. Sur l’ensemble des interrogés, seuls 31 % estiment s’en sortir correctement avec les revenus de leur foyer, soit 16 % de moins que dans la population générale. En conséquence, ils sont 73 % à se déclarer touchés « durement » par la crise économique contre 51 % par rapport au grand public. Le directeur adjoint de l’IFOP Frédéric Dabi souligne alors une évolution préoccupante pour les publics les plus fragiles en ce contexte particulièrement difficile aussi bien sur le plan sanitaire qu’économique.

Une meilleure prise en compte du handicap

Avec le déconfinement, 85 % des personnes en situation de handicap ont réintégré leur poste en entreprise. 57 % d’entre elles indiquent que leur handicap a été pris correctement en compte par leur employeur au moment de déterminer les conditions de leur reprise, particulièrement au sein des petites entreprises.

D’après l’étude, le recours au chômage partiel ainsi qu’à l’arrêt maladie connaissent quant à eux un net recul passant de 6 % contre 22 % en mai. 72 % des sondés déclarent aussi que la crise sanitaire a eu un impact sur l’organisation du travail au sein de leur entreprise et 51 % affirment même que leur rapport au travail en a été changé.

Le télétravail : une fausse bonne idée ?

Le confinement ainsi que la mise en place des mesures de protection sanitaire ont contraint nombre d’employés au télétravail. 83 % de la population active s’est laissé convaincre par les bienfaits de cette pratique et souhaite son développement. Pourtant cette solution n’apparaît pas nécessairement comme la plus adaptée pour les personnes en situation de handicap. En effet, 3 répondant sur 10 ont estimé que le télétravail a eu un impact négatif sur la gestion de leur état de santé, leurs conditions de travail ainsi que sur leurs relations professionnelles.

Selon Frédéric Dabi, le télétravail, s’il n’est pas adapté, peut être source d’isolement et de difficultés. Celui-ci ne doit donc pas être présenté comme « la solution unique » face à la crise sanitaire ajoute Jérémie Boroy, président du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH). L’enjeu est de permettre aux personnes en situation de handicap d’avoir accès à tous les outils de compensations nécessaires au bon déroulement de leur activité (par exemple : la langue des signes pour les sourds et malentendant). Par ailleurs, le télétravail ne se limite pas seulement à des aménagements techniques. Pour 29 % des sondés, les conditions difficiles de télétravail furent une source de dégradation de leur santé mentale. Il apparaît donc nécessaire de travailler également sur la dimension psychologique et de ne pas sous-estimer l’importance de l’organisation du lien avec le reste de l’équipe.

Des inquiétudes pour l’avenir

Malgré la prolongation des mesures de protection de l’emploi prises par l’Aghefip (voir notre article : ici), 7 sondés sur 10 se montrent pessimistes sur les possibilités pour les personnes en situation de handicap de trouver un emploi d’ici les trois prochains mois. Ils sont par ailleurs près de la moitié à craindre de perdre leur travail. Parmi les autres sources d’angoisse, les interrogés expriment leurs craintes face à la dégradation de leurs conditions de travail, à l’isolement ou encore à la peur d’attraper le Covid-19, même si le nombre de ces derniers a diminué depuis le mois de mai (57 % contre 71 % en mai).

Mais la principale source d’inquiétude, pour les personnes en situation de handicap (58 %) comme pour le grand public, reste bien sûr les conséquences économiques de la crise. Un sujet pour lequel il reste encore bien difficile de se prononcer alors que les annonces de réformes et de plans sociaux sont encore à venir.

Quelles conséquences avec la reprise ?

D’après Frédéric Dabi (IFOP), les traces économiques, physiques et psychologiques de la crise sanitaire sur les personnes en situation de handicap sont indéniables. Raisons pour lesquelles ces dernières sont en droit d’attendre des changements, notamment organisationnels, dans leurs conditions de travail.

De son côté, Jérémie Boroy (CNCPH) tempère. Malgré la fatigue accrue et l’isolement social et professionnel d’une tranche de la population en situation de handicap, d’autres ont su trouver des solutions pour contourner les obstacles et ont gardé une expérience très positive du télétravail. Il convient donc de prendre le recul nécessaire afin de ne pas généraliser toutes les conclusions de l’enquête.